Évacuation du “Cinq Étoiles” à Lille Moulins.

Réaction de Violette Spillebout, pour le Collectif LilleC suite à l’évacuation du “Cinq Étoiles” à Lille Moulins.

« Avec le Collectif LilleC, je souhaite prendre des engagements forts pour l’accueil des Réfugiés à Lille, dans le cadre de notre projet pour 2020. Je demande au Conseil Municipal de Lille de saisir l’opportunité du Contrat Métropolitain d’accueil et d’intégration des Réfugiés. »

A Lille-Moulins, le squat « 5 étoiles » vient d’être évacué par la préfecture, en application d’une décision de justice. 200 migrants et réfugiés (dont un tiers en situation illégale) y vivaient dans la plus grande précarité. Un squat né fin 2017, à la suite de l’évacuation d’un camp à la gare Saint-Sauveur… Les évacuations successives ne règlent rien ! Les politiques se rejettent la balle, s’accusent les uns les autres, soit de ne rien faire, soit d’en faire trop.

La critique est facile, l’action efficace et durable l’est beaucoup moins. Certes la Mairie soutient des associations, mais je souhaite qu’avec les Lilloises et les Lillois nous allions plus loin.

Les évacuations successives de squats de migrants et de réfugiés déplacent le problème sans le régler. Nous devons assistance et protection aux réfugiés qui fuient leur pays. Et il est de la responsabilité de la Ville de Lille de prendre une part plus forte dans cet accueil.

Avec le Collectif LilleC, je souhaite prendre des engagements forts pour l’accueil des Réfugiés à Lille, dans le cadre de notre projet pour 2020.

Soyons clairs, nous devons humanité, dignité et rapidité dans l’accueil et dans le traitement des demandes, mais aussi fermeté et efficacité envers ceux qui ne peuvent pas rester sur notre sol.  Et cette question nous concerne tous, notamment dans le cadre du projet que nous menons pour les élections municipales 2020.

Je propose une mesure à la fois symbolique et très concrète : que la ville de Lille accueille durablement 100 demandeurs d’asiles ou réfugiés à travers un réseau de logement « diffus » (1 maison familiale dans chaque quartier et commune associée). Et pour aller plus loin, regardons ce qui se passe dans plusieurs grandes métropoles françaises qui font le choix de prendre le problème des migrants à bras le corps. Des villes s’engagent dans des «Contrats métropolitains d’accueil et d’intégration des réfugiés » : une contractualisation avec l’Etat, cohérente et efficace, en confiance avec tous les partenaires associatifs, pour des actions fortes sur l’apprentissage du français et l’insertion professionnelle.

Je demande au Conseil Municipal de Lille, et en particulier à ses groupes politiques de la majorité municipale,  - Groupe Socialiste, Radical, Citoyen et Apparentés, Groupe Europe Ecologie Les Verts - , de se positionner en obtenant que la MEL saisisse cette chance dès maintenant, en partenariat avec la Délégation Interministérielle à l’accueil et à l’intégration des réfugiés.

Soyons une terre d’accueil mais surtout de reconstruction pour les réfugiés.

Violette Spillebout


POUR ALLER PLUS LOIN

Le contexte - Rappel - Extraits articles Voix du Nord

Le squat dit « 5 étoiles », à Lille, a été évacué le 4 juin 2019 par un dispositif policier mandaté par la Préfecture du Nord. Quelque 200 migrants et réfugiés y vivaient depuis environ un an et demi, majoritairement guinéens, mais aussi ivoiriens, maliens, congolais et camerounais. Parmi eux, un tiers étaient en situation illégale, un tiers en situation légale, et le tiers restant étaient des jeunes de moins de 18 ans. Certains étaient scolarisés.

Certains ont été conduits dans des centres de rétention, les autres ont été dirigés vers des lieux d’hébergement.

Installé depuis plus d’un an et demi, après l’évacuation d’un camp de migrants à la gare Saint-Sauveur, le « 5 étoiles » a défrayé la chronique tant les conditions de survie étaient précaires. Durant des mois, il n’y avait ainsi pas eu d’eau potable, ni commodités d’hygiène de base.

Historique

Le 25 mai 2018, le tribunal d’instance accordait quatre mois de délai aux occupants ainsi qu’un commandement de quitter les lieux de deux mois. Autant dire un sursis de six mois permettant d’atteindre… la trêve hivernale. Soit un répit jusqu’au 31 mars 2019.

En novembre 2018, la justice a exigé l’installation d’équipements sanitaires et d’eau potable. En mars 2019, un collectif, porté par la Cimade et l’association Abbé-Pierre, avait écrit une lettre ouverte à la préfecture devant les craintes d’une expulsion attendue.

À l’issue de cette période préservée, les occupants avaient de nouveau sollicité la justice pour obtenir un nouveau délai. Le délibéré devait tomber jeudi 06 juin 2019, et l’on sait aujourd’hui que la décision de justice était de laisser l’occupation du bâtiment pour 3 ans.

L’expulsion a eu lieu deux jours avant.

Selon la préfecture, “cette évacuation doit répondre à l’urgence sanitaire créée par les conditions de vie indignes et insalubres subies par les habitants du site. Il s'agira ensuite d'offrir, aux personnes en situation régulière sur le territoire national, un hébergement adapté à leur situation et de procéder à l’éloignement de ceux qui se maintiennent sur le territoire de manière illégale. La fin de ce squat entravera les réseaux criminels de passeurs qui commercialisent la détresse et bénéficient en ces lieux de points d’ancrage stables et identifiés. Cette politique de fermeté à l’égard de l’immigration irrégulière est une condition indispensable."

Position de Violette Spillebout et du Collectif LilleC

Avec le Collectif LilleC, nous avions participé au débat organisé par Médiacités Lille il y a quelques temps pour mieux comprendre la situation, analyser les positions des occupants, des associations, entendre le point de vue des journalistes et réfléchir ensemble aux solutions pour Lille à l’avenir.

Les événements du 4 juin dernier ne nous ont pas laissés indifférents.

Il nous est apparu évident, nécessaire, indispensable, de prendre dès maintenant, en amont de la campagne municipale qui s’ouvre bientôt, une position claire et forte sur ce délicat sujet de l’accueil des migrants à Lille.

Rappelons d’abord certains principes fondamentaux :

Les grandes métropoles françaises sont toutes confrontées depuis quelques années à des afflux de migrants, et à la réapparition de bidonvilles et de squats, (avec souvent l’occupation illégale de locaux). A Lille en particulier, nous avons connu de nombreux “campements” sauvages, au Vieux Lille, à Lille Sud, à Hellemmes, à Fives, à Saint-Sauveur, et les évacuations successives déplacent le problème sans le régler.

Le sujet a souvent, au fur et à mesure des années, été traité avec défiance par les politiques, qui se rejetaient la balle, s’accusaient les uns les autres, soit de ne rien faire, soit d’en faire trop. Il a fait souvent débat entre les élus de la majorité à Lille, comme de l’opposition.

Des expérimentations ont été tentées, comme celles des villages d’insertion pour les familles Roms, avec un engagement fort à l’époque de la Mairie de Lille, et de Frédéric Marchand en particulier, Maire d’Hellemmes, et de Nicolas Lebas, Maire de Faches-Thumesnil. Mais depuis cette époque, les situations sont restées identiques ou se sont empirées sans inflexion majeure provoquée par l’action publique. Les associations elles, sont sans relâche restées investies auprès de tous les publics fragilisés.

Force est de constater que la situation s’aggrave partout, et que les capacités d’hébergement sont insuffisantes, en dépit des efforts de tous les gouvernements successifs, et en dépit des budgets multipliés par 4 en 10 ans, qui représentent aujourd’hui 2 milliards d’euros sur l'hébergement d’urgence au sens large en France.

Rappelons aussi qu’à Lille comme en France, toutes les personnes en situation de vulnérabilité doivent être protégées. Nous devons porter une attention particulière à ces personnes, quelle que soit leur nationalité ou leur origine. Personne ne doit vivre dans une situation indigne, qu’il soit migrant d’origine lointaine, européen ou français. Tout situation d’indignité est inacceptable.

Nous sommes dans un Etat de droit, la loi doit être respectée pour tous, les pouvoirs publics doivent assistance et protection aux plus fragiles ; le Plan Pauvreté, ou encore le Plan Logement d‘Abord sont là pour venir en aide à une partie des publics concernés.

Concernant les personnes qui fuient leur pays en raison de leur origine ethnique, leur religion, leur opinion politique, ou plus récemment leur orientation sexuelle, c’est le principe de la Convention de Genève en 1951 qui définit leur statut de réfugié et donne droit à une protection internationale.

Les demandes d’asile ont dépassé 120 000 dossiers en 2018, et seulement 30% finissent par déboucher sur le statut de réfugiés. Cependant, pour toutes ces personnes, qui sont en situation régulière, les pouvoirs publics se doivent de proposer des solutions de logement, d’apprentissage du français, de scolarisation des enfants et d’insertion professionnelle.

Nous partageons nos réflexions sur l’évacuation du 5 étoiles :

Sur le plan juridique, chaque procédure en parallèle a suivi son cours, et la Préfecture n’a fait qu’exécuter une décision de justice qui protège la propriété de Partenord. Elle doit maintenant réellement trouver des solutions de relogement pour chaque personne migrante en situation régulière et proposer un avenir à ceux qui ont vocation à s’installer durablement dans notre pays. C’est le sens du droit Français et International.

Sur le plan moral en revanche, et en tant que citoyens lillois, nous pouvons nous interroger : pourquoi ne pas avoir laissé la justice faire son travail jusqu’au bout, ce qui aurait donné une chance à tous ces jeunes personnes de poursuivre leurs démarches d’intégration? Pourquoi avoir décidé d’une date d’évacuation qui nie le rôle de la justice et le travail toutes les associations engagées auprès des migrants depuis tant d’années ?

Certes les conditions de vie au 5 Étoiles étaient indécentes mais ce lieu, et l’engagement de tous les bénévoles des associations avaient donné un sursis et un toit temporaire à des personnes dans la détresse.

Les pistes de solutions :

En France comme à Lille, il est nécessaire de rappeler que l’accueil des réfugiés est un devoir, et que chaque acteur public doit prendre sa part à un phénomène qui s’amplifie chaque année, avec en particulier les guerres et la dégradations du climat. Les principes de cet accueil sont : humanité, dignité et rapidité dans l’accueil et dans le traitement des demandes, mais aussi fermeté et efficacité envers ceux qui ne peuvent pas rester sur le sol français.

L’enjeu est de mieux accueillir et de mieux intégrer ceux qui ont le droit de rester sur le sol français, afin de les aider à reconstruire leur vie dans notre pays.

Sur ce type de sujet, occupations illégales, droit au logement, migrations, réfugiés, il faut se garder des positions partisanes ou des critiques arbitraires et clivantes. Tous ceux qui connaissent ces problématiques savent que l’Etat, la Mairie, les associations, essayent de trouver des solutions pour toutes les situations avec humanité mais dans le respect de la loi...

Mais l’on ne peut rester indifférents à la souffrance, au désarroi, au sentiment d’abandon des réfugiés, d’autant plus que les migrations vont continuer de s’amplifier dans les années à venir.

Pour nous, il est de la responsabilité de tous les Lillois de se sentir concernés et de la Ville de Lille d’agir fortement.

Nous voulons prendre des positions engagées et courageuses sur le droit au logement et sur les modalités d’accueil des demandeurs d’asiles et des réfugiés dans notre Ville de Lille.

1 - LOGEMENT DIFFUS

C’est pourquoi, dans notre vision de Lille demain, je propose d’organiser l’accueil de 100 demandeurs d’asiles ou réfugiés à travers un réseau de logement diffus, c’est-à-dire des maisons familiales dans chaque quartier de la Ville et commune associée, environ une douzaine. Ces maisons seront propriétés de la Ville ou préemptées, et mise à disposition des associations qui accompagnent des jeunes réfugiés, pour des durées leur permettant d’obtenir la régularisation de leur séjour.

Le logement diffus, c’est éviter la concentration d’un trop grand nombre de personnes au même endroit, comme au 5 étoiles, c’est éviter les problèmes sanitaires, sociaux, de sécurité, et c’est au contraire favoriser le vivre-ensemble et l’intégration dans une rue ou un quartier.

Des expériences en logement diffus ont été réussies par exemple avec des familles Roms à Villeneuve d’Ascq ou à Lambersart, sans aucun impact négatif dans l’environnement des maisons mises à dispositions.

2 - CONTRAT MÉTROPOLITAIN D’ACCUEIL et D'INTÉGRATION

Sous l’impulsion de la Délégation interministérielle à l’accueil et à l’intégration des Réfugiés, plusieurs grandes métropoles françaises ont choisi de prendre le problèmes des migrants à bras le corps, et de s’engager dans des Contrats métropolitains d’accueil et d’intégration des réfugiés. La Métropole de Dijon a signé son contrat cette semaine, Nantes , Dijon, Rennes et Lyon sont aussi envisagées.

Il s’agit d’une contractualisation à partir d’un diagnostic de territoire, pour tenir compte de toutes les formes de vulnérabilité, pour travailler et établir une vision d’ensemble d’action pour les publics les plus précaires, et leur donner une nouvelle chance.

L’Etat a décidé de consacrer un important budget sur ces contrats, destiné à accompagner les publics dans l’apprentissage du français, l’insertion professionnelle.

Entre 2019 et 2020, 20 contrats métropolitains seront signés, avec à la clef un budget de 300000 euros chaque année pour le faire fonctionner.

Il n’est pas envisageable que Lille passe à côté de cette opportunité pour accompagner acteurs publics et associations, dans une relation de confiance avec l’Etat dans l’insertion des réfugiés.

Je demande Conseil Municipal de Lille, et en particulier à ses groupes politiques de la majorité municipale,  - Groupe Socialiste, Radical, Citoyen et Apparentés, et Groupe Europe Ecologie Les Verts - , de se positionner en obtenant que la MEL saisisse cette chance dès maintenant, en partenariat avec la Délégation Interministérielle à l’accueil et à l’intégration des réfugiés.

Il faut réellement réhumaniser ce dossier, arrêter les postures, reconstruire les conditions d’un travail en confiance et en partenariat entre collectivités locales et Etat.

Nous voulons que la Ville de Lille s’engage fortement, sur ces deux actions :

  • créer 100 Places municipales en logement diffus dès 2020,
  • donner l’impulsion à la MEL sur le contrat métropolitain d’accueil des réfugiés

Ces engagements représenteront une impulsion symbolique, pragmatique aussi, et nécessaire, qui s’accompagnera d’une négociation avec le Département et l’Etat  pour que des financements nécessaires à l’apprentissage des langues et à l’intégration professionnelle puisse se faire avec les acteurs associatifs dédiés.

Ils iront aussi de pair avec un dialogue renforcé avec les communes de la Métropole Lilloise pour que chacune prenne sa part, dans un esprit de solidarité, de responsabilité collective aussi, afin que le Grand Lille soit et reste une terre d’accueil et de reconstruction pour ces réfugiés.

Enfin, cet engagement devra être tenu et animé dans la durée avec un réseau d’acteurs motivés et engagés pour la réussite de ce projet.

Contribution de Violette Spillebout et du Collectif LilleC

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